La démocratie américaine aura tenu bon en 2022


Prenant le relais du Sénat, la Chambre des représentants a adopté vendredi soir un vaste projet de loi de finances des services fédéraux, d’un total de 1 700 milliards de dollars, évitant ainsi à la dernière minute une paralysie de l’État. Le texte inclut une réforme de la loi de 1887 sur la certification des élections présidentielles par le Congrès. La réforme, appuyée par 18 sénateurs républicains comme le reste du projet de loi, a pour but d’éviter un autre 6-Janvier ; elle précise notamment que le vice-président ne peut en aucun cas bloquer à lui seul le processus de certification, comme l’a demandé Donald Trump à Mike Pence.

Cette réforme met fin à une année politique où la démocratie américaine aura défié les pires prédictions formulées à l’approche du premier anniversaire de l’attaque contre le Capitole par des partisans de Donald Trump (le 2 janvier 2021, je signais un article intitulé « Une démocratie au bord du gouffre »). Elle s’ajoute à un nombre étonnant de projets de loi bipartisans qui ont été adoptés au cours des deux premières années du mandat de Joe Biden, qui réalise ainsi sa promesse électorale de travailler de concert avec les républicains.

Comme le souligne ce samedi le New York Times dans un article, l’Electoral Count Reform Act intervient aussi après des élections où un nombre non négligeable de républicains ont tourné le dos aux candidats les plus extrémistes de leur parti, candidats qui s’étaient notamment distingués en répétant avec plus d’insistance que les autres le « grand mensonge » de Trump sur l’élection présidentielle de 2020.

De confier au Times un républicain de Pennsylvanie en faisant référence à la promesse de Doug Mastriano, candidat républicain au poste de gouverneur de son État, de « décertifier » les résultats de l’élection présidentielle de 2020 dans le Keystone State : « C’était tellement répréhensible. Je ne voulais pas de quelqu’un comme ça au bureau du gouverneur. »

Le vote de ces républicains lors des élections de mi-mandat illustre l’affaiblissement politique de Donald Trump. Affaiblissement qui n’est pas étranger au travail colossal de la commission du 6-Janvier, qui a détaillé tous les efforts du 45e président pour subvertir la démocratie américaine, et à la bravoure de ces républicains qui ont refusé de plaider le 5e amendement ou un trou de mémoire en témoignant.

À ce propos, une mention spéciale va à Cassidy Hutchinson, collaboratrice de Mark Meadows, qui a fourni des images indélébiles en révélant notamment les réactions de l’ancien président en apprenant que William Barr avait accordé une entrevue à l’Associated Press dans laquelle il niait toute fraude électorale susceptible d’avoir changé le verdict du 3 novembre 2020 (vaisselles brisées, ketchup sur le mur) et en constatant que son chauffeur refusait de le conduire au Capitole après son discours du 6 janvier 2021 (il l’a pris par le cou en vociférant : « I’m the fucking president ! »).

Mais la démocratie américaine demeure vulnérable. Et elle subira un autre test important en 2023 lorsque la Chambre des représentants passera aux mains des républicains. Il est à noter que ces derniers ont refusé de participer aux négociations menant à l’adoption du projet de loi de finances, contrairement à leurs collègues républicains du Sénat. Kevin McCarthy, leur chef, a plutôt attaqué et menacé ces sénateurs en les traitant ni plus ni moins de traitres.

La déclaration de McCarthy a été attribuée à ses propres problèmes. À l’approche du 3 janvier, date où la Chambre choisira un nouveau président, le représentant de Californie doit faire face à une mini-rébellion de la frange extrémiste de son groupe. Celle-ci n’hésitera pas à provoquer un shutdown du gouvernement fédéral à l’occasion des prochaines négociations sur un projet de loi de finances, dans un an, ou même à plonger les États-Unis et le reste du monde dans une crise financière lorsque viendra le temps de relever le plafond de la dette nationale, dans les prochains mois.

Les républicains les plus conservateurs de la Chambre et même du Sénat réclameront des coupes majeures dans les dépenses sociales en retour d’un relèvement du plafond de la dette. Ils tiendront ainsi en otage l’économie de leur pays, qui sera alors au bord du gouffre, comme la démocratie américaine l’était aux yeux de plusieurs il y a un an.

En espérant que les démocrates et les républicains de bonne foi et de bon sens fassent mentir cette prédiction, je vous souhaite un très joyeux Noël.

(Photos Reuters et Getty Images)


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